Il y a des disciplines qui naissent d'un besoin, et d'autres qui naissent d'un homme. L'audiologie doit les deux à Raymond Carhart : la guerre lui a donné le besoin, et il a construit la discipline.

Le clinicien doit faire preuve de courage, car les décisions qu'il prend aujourd'hui pour répondre aux besoins de son patient ne peuvent attendre des mois ou des années pour être fondées sur des preuves plus solides.

Raymond Carhart

Une formation à Northwestern

Né le 28 mars 1912 à Mexico, Raymond Carhart étudie à la Dakota Wesleyan University, où il obtient son Bachelor of Arts en 1932, puis à la Northwestern University — maîtrise en 1934, doctorat en 1936.

Après ses études, il devient instructeur en rééducation de la parole à Northwestern, puis est promu professeur associé en 1943.

La guerre, et un mot nouveau

Pendant la Seconde Guerre mondiale, Carhart dirige le programme de réhabilitation auditive à l'hôpital militaire Deshon. Des milliers de soldats reviennent du front avec des lésions auditives : il faut les évaluer, les appareiller, les rééduquer — et pour cela, inventer une pratique.

C'est là qu'il popularise le terme « audiologie », marquant la séparation de cette discipline d'avec la pathologie de la parole. Un mot, et une profession commence à exister.

L'audiométrie vocale et l'encoche de Carhart

Carhart est connu pour avoir développé et affiné l'audiométrie vocale, essentielle pour évaluer l'efficacité des appareils auditifs.

Il a également identifié l'encoche de Carhart (Carhart notch), un indicateur d'otospongiose sur l'audiogramme : un rétrécissement caractéristique de l'espace air-os autour de 2 000 Hz.

Audiogramme tonal montrant une encoche de Carhart à 2 000 Hz
Exemple d'encoche de Carhart. Audiogramme tonal de l'oreille droite d'un homme de 25 ans, montrant une perte auditive de transmission avec rétrécissement de l'espace air-os à 2 000 Hz. Le tympanogramme est normal (type A) et les réflexes stapédiens sont absents. Image sous licence Creative Commons Attribution 4.0 International.

Le premier cursus d'audiologie

De retour à Northwestern après la guerre, Carhart fonde le premier programme académique en audiologie aux États-Unis. Il encadre 45 doctorants, qui deviendront eux-mêmes des figures majeures de la profession.

C'est peut-être là son héritage le plus durable : pas une méthode, mais une génération.

Une méthode discutée, des fondations solides

La « méthode Carhart » d'évaluation des appareils auditifs a été largement utilisée pendant près de quarante ans. Avec l'évolution des technologies auditives dans les années 1980, elle a été remise en question pour son manque de fiabilité et son inadaptation aux nouveaux appareils.

Malgré ces critiques, son travail a posé les bases de l'audiologie moderne. Ses contributions à l'audiométrie vocale et à l'identification des pathologies auditives continuent d'influencer la recherche et la pratique clinique aujourd'hui.

Un héritage double

Raymond Carhart meurt en 1975. Il est largement reconnu comme le père de l'audiologie : ses contributions ont jeté les bases d'une discipline qui n'existait pas avant lui.

Son héritage est double. Il a non seulement établi les bases de l'audiologie moderne, mais il a aussi laissé derrière lui une communauté de professionnels dévoués à perpétuer ses valeurs et sa passion pour l'amélioration des soins auditifs. Aujourd'hui encore, ses idées et ses approches influencent la manière dont les troubles auditifs sont diagnostiqués et traités dans le monde entier.